Épisode 89 du podcast L'Académie du Podcast : Un podcast sur la politique, et tous les défis que ça représente avec mon invité Denis Martel du podcast les Engagés Publics
avril 13, 2020

Un podcast sur la politique, et tous les défis que ça représente avec mon invité Denis Martel du podcast les Engagés Publics | E089

Animer un podcast sur la politique.

Avec tous les défis que ça représente.

Comment convaincre un ministre de venir à ton micro quand tu n’as pas de notoriété? Comment éviter qu’un débat à quatre tourne à la cacophonie?

Et si la clé, c’était ton réseau, ta préparation et ta réputation de respect?

Dans cet épisode de L’Académie du Podcast, Marco Bernard reçoit Denis Martel, qui démystifie l’engagement politique dans son podcast Les Engagés publics. Spécialiste des communications numériques, Denis explique comment son équipe enregistre à distance, prépare chaque émission et décroche des entrevues avec des députés et des ministres.

Ce que tu vas apprendre dans cet épisode

  • Les défis d’un podcast sur la politique
  • L’organisation particulière du podcast de Denis : plusieurs animateurs, à distance
  • Les trois facteurs qui permettent d’attirer des invités de renom sans notoriété personnelle
  • Pourquoi « jamais scripté, toujours préparé » évite la cacophonie
  • Son parcours, de la radio interne d’entreprise au balado

Quels sont les défis d’un podcast sur la politique?

Le principal défi, c’est d’approcher des politiciens qui veulent toujours bien paraître, tout en gardant une conversation respectueuse sur des sujets souvent polarisés.

Denis Martel a choisi un sujet délicat : l’engagement politique. Il en parle avec Marco, avec l’organisation particulière que ça demande. Au moment de l’enregistrement, Les Engagés publics comptait 91 épisodes, plus des épisodes spéciaux tournés lors de congrès.

La mission du podcast est claire : démystifier et valoriser l’implication en politique. L’équipe reçoit des gens de toutes les allégeances, et ils sont respectés. C’est, selon Denis, une clé de leur succès.

Pour aller plus loin, lis te démarquer avec ta fréquence unique.

Comment organiser un podcast avec plusieurs animateurs à distance?

Avec un outil d’enregistrement à distance, un document de préparation partagé et des règles claires de prise de parole.

Les Engagés publics, ce sont trois membres officiels et plusieurs collaborateurs à Québec, Sherbrooke et Montréal. Il y a deux formats : le « 110 % de la politique », où la gang commente l’actualité de la semaine, et l’entrevue avec un député ou un ministre.

  • L’équipement. Des consoles et des interfaces audio pour gérer les signaux localement, et Trycast pour enregistrer ensemble à distance.
  • Le document partagé. Chaque semaine, un fichier Google Drive liste les sujets, avec des cases réservées pour que chacun se prépare.
  • Une seule ronde de relance. Un point, un contrepoint, une réponse, puis on passe au sujet suivant. Les gens cherchent à faire un bon show, pas à avoir raison.

Pour une entrevue, Denis se déplace parfois chez l’invité. Avec le ministre Éric Caire, il était dans son bureau sur la colline parlementaire à Québec, pendant que son coanimateur François Larouche menait l’entrevue depuis Montréal.

« Jamais scripté, toujours préparé. »

Marco Bernard

La préparation, c’est aussi ce qui fait la différence dans ta propre structure d’épisode.

Comment attirer des invités de renom sans être connu?

En t’appuyant sur ton réseau, sur une réputation de respect bâtie entrevue après entrevue, et sur l’attention qu’offre ton micro.

  • Le réseau. Denis, François et Louis-Philippe œuvrent en politique depuis des années. Ils savent à quelle porte cogner.
  • Le respect et les preuves. Ils n’ont jamais cherché à faire mal paraître un invité. Ils jouent parfois sur le titre pour intriguer, mais jamais aux dépens de l’invité. Le politicien peut s’expliquer et parler de lui d’une façon qu’il n’a pas ailleurs.
  • L’attrait du média. La politique est une game d’attention. Un micro et un auditoire, c’est un échange gagnant-gagnant, surtout pour rejoindre un public qui ne t’entend pas souvent.

Quant au montage, l’équipe prévient chaque invité : les entrevues sont en une seule prise, mais un passage qui mettrait en jeu sa sécurité ou sa vie privée pourrait être retiré. Aucun invité ne l’a jamais demandé.

Qui écoute un podcast politique, et qu’est-ce que ça rapporte?

Surtout des politiciens, du personnel de cabinet, des journalistes, des étudiants et des passionnés de politique, et les bénéfices sont d’abord des apprentissages.

Un député a déjà interpellé Denis sur la Grande Allée : « Hey, Denis, Les Engagés publics! » Des firmes de relations publiques les ont aussi approchés, parce qu’ils ont l’oreille d’influenceurs. Le podcast a un commanditaire, Démocratique, et l’équipe se prépare à streamer en vidéo.

Mais pour Denis, les vrais gains sont personnels, professionnels et techniques. Le projet est né par plaisir, par désir d’expérimenter un médium qui donne de la proximité et où on prend le temps.

Comment Denis Martel est-il arrivé au balado?

Par une radio interne d’entreprise au début des années 2000, puis par l’écoute de balados qui lui ont donné la piqûre.

Diplômé en 1996, Denis a travaillé chez Sid Lee, Cossette, Tink et Nurun. Chez Nurun, alors propriété de Québecor, il participait à une émission interne où des spécialistes et même le DG venaient partager leur expertise. Plus tard, des balados comme Distorsion, Ars Moriendi et Disparus lui ont donné le déclic. Ancien président régional d’un parti, il a lancé Les Engagés publics avec des amis rencontrés en politique.

Questions fréquentes

Qui est Denis Martel?

Denis Martel est un stratège en communications numériques et le cofondateur du podcast Les Engagés publics, qui démystifie et valorise l’engagement politique au Québec.

Comment enregistrer un podcast à plusieurs à distance?

Les Engagés publics utilisent Trycast pour enregistrer ensemble, un document Google Drive pour préparer les sujets, et une règle d’une seule ronde de relance par débat.

Comment obtenir des entrevues avec des politiciens?

Selon Denis, grâce à trois facteurs : un réseau de contacts personnels, une réputation de respect sans chercher à piéger l’invité, et l’attention qu’offre un micro avec un auditoire.

Faut-il faire du montage sur une entrevue politique?

Les Engagés publics publient leurs entrevues en une seule prise, sans montage, mais préviennent l’invité qu’un passage touchant sa sécurité ou sa vie privée pourrait être retiré.

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📄Transcription complète▼

Marco : Cette semaine, je reçois pour la première fois quelqu'un qui anime un podcast sur la politique. Denis Martel, un type franchement intéressant et agréable à côtoyer, a décidé d'animer un podcast qui démystifie l'engagement politique des gens. On parle évidemment de l'organisation particulière de son podcast et de son parcours. Bienvenue sur l'épisode 89 de L'Académie du Podcast.

Narrateur : Vous désirez amener votre entreprise à un autre niveau, vous démarquer et créer du contenu différent et original? L'Académie du Podcast est l'outil qu'il vous faut. Marco Bernard est l'expert qui a formé le plus grand nombre d'entrepreneurs francophones à démarrer leur propre podcast sur la planète. Il vous enseigne les détails du podcasting en profondeur et partage avec vous les secrets des podcasteurs qui ont du succès. Bienvenue sur L'Académie du Podcast. Voici votre hôte, Marco Bernard.

Marco : Animer un podcast sur la politique, déjà, le sujet n'est pas évident. Surtout quand il faut approcher des politiciens qui, évidemment, veulent toujours bien paraître, donner une bonne image d'eux-mêmes auprès de la population. Mais en plus, quand il faut le faire avec plusieurs collaborateurs, là, c'est un très grand défi. Au moment d'enregistrer cet épisode, le podcast Les Engagés publics en était à 91 épisodes, avec des invités et, dans certains cas, plusieurs collaborateurs. Alors je suis bien content de recevoir ce podcasteur passionné, spécialiste des communications et du marketing : Denis Martel, du podcast Les Engagés publics.

L'épisode d'aujourd'hui est présenté par ma boîte à outils. La boîte à outils, ce sont des ressources, des outils que j'utilise pour opérer mes entreprises depuis plus de dix ans. Tout ce que j'ai découvert en marketing numérique, tout ce que j'utilise pour opérer mes entreprises et mes podcasts, tu vas le trouver dans la boîte à outils, tout à fait gratuitement. Pour sauver du temps et de l'argent, rends-toi sur marcobernard.ca/outils, au pluriel : o-u-t-i-l-s. Je pense que tu vas vraiment apprécier toutes les ressources que tu vas trouver à cet endroit-là. Alors, sans plus tarder, je vous laisse à l'entrevue avec Denis Martel des Engagés publics, et on se reparle tout de suite après.

Denis Martel, merci beaucoup de venir discuter avec moi sur L'Académie du Podcast. C'est super apprécié.

Denis : Ça me fait plaisir. C'est moi qui te remercie pour l'invitation.

Marco : On s'est croisés sur un panel de discussion auquel on a participé à Québec. Donc je connais un peu ton parcours grâce à cette discussion-là. Mais j'aimerais t'entendre un peu plus, et j'aimerais que les auditeurs sachent d'où tu nous arrives, c'est quoi ton parcours. Je te laisse aller avec ça.

Denis : Tu veux surtout connaître mon parcours professionnel, c'est ça?

Marco : Oui, professionnel, radio, podcast, etc.

Denis : Je suis un spécialiste des communications numériques. Aujourd'hui, on ne fait plus vraiment cette distinction-là sur l'aspect numérique, mais c'est vraiment de cet univers-là que je suis issu. Je suis sorti de l'université en 1996, ça vous donne une idée de mon âge. J'ai travaillé dans des agences et des firmes numériques : chez Sid Lee, chez Cossette, chez Tink, chez Nurun. Mais comme je te disais, avec le temps, cette notion-là de numérique s'est atténuée, puis est disparue.

Marco : Parce qu'aujourd'hui, ça va probablement de soi. En communication, si tu ne parles pas de numérique, c'est que tu es resté accroché dans les années 80. Ça ne fonctionne plus.

Denis : Oui, et tous les médias se sont numérisés. À un moment donné, cette barrière-là entre le traditionnel et le numérique s'est estompée. Ce qu'on a, d'un côté, ce sont ceux qui ont pris le virage, et de l'autre, ceux qui peinent à se renouveler. Ça ne mourra pas, mais de toute façon, eux-mêmes ont adapté leur modèle d'affaires au numérique.

Marco : Exactement, tout à fait. Donc tu nous donnes ton parcours professionnel. Tu as touché un petit peu à la radio aussi?

Denis : Pas beaucoup. Les seuls contextes de radio dans lesquels j'ai travaillé, c'est dans le cadre de mon travail, quand on faisait de la publicité. Je n'ai pas fait d'animation radiophonique. Tout ce que je fais, ma création de contenu, est vraiment issu des principes du contenu généré par les utilisateurs. C'est la démocratisation des médias qui fait qu'aujourd'hui, je m'amuse avec toi, entre autres, derrière un micro.

Marco : OK. Et ta première expérience avec le podcast, c'était quoi?

Denis : Ah, ça remonte. J'ai un ami, Steve Tremblay, que tu devrais absolument recevoir à ton micro, qui faisait dans les années 2000 un podcast qui s'appelait Radio Haute Fidélité. Il faisait ça d'ailleurs avec Sébastien, de Distorsion, et Émile. Steve, je travaillais avec lui chez Nurun, de 2003 à 2011. Dans ce temps-là, c'était une propriété de Québecor. On avait une direction qui avait une très bonne vision de l'importance de gérer les communications internes, de les valoriser et de multiplier les différents points de contact.

Il y avait l'intranet. Et il y avait un balado interne. À l'époque, on ne parlait même pas de podcast. C'était une radio interne.

Marco : Comment vous appeliez ça, concrètement? Parce que la terminologie n'existait pas à ce moment-là.

Denis : On avait aussi de la vidéo, alors on appelait ça Nurun.tv. Étant donné que Nurun, c'était l'entité de Québecor qui s'occupait du numérique, on ramenait tout le temps une notion qui rappelait le numérique. À travers ça, on diffusait des capsules vidéo sur l'intranet, mais on avait aussi notre émission, dans laquelle des spécialistes venaient parler de leur expertise. C'était du partage d'expertise. Nos directeurs, même le DG, venaient au micro régulièrement pour échanger avec nous. Ça a été mes premiers contacts avec le balado.

Marco : OK. Et un réel podcast par la suite? J'imagine qu'on avance d'une dizaine d'années minimum.

Denis : Je suis stratège en communication, donc j'ai à m'intéresser à l'ensemble des éléments tactiques potentiels : la télé, la vidéo, la radio, les journaux, les publications, les sites web, les médias sociaux. Avec l'importance des stratégies de contenu, la réalité des balados revient sur le radar. Phénomène super intéressant, parce que les gens s'intéressent au contenu et cherchent différentes façons d'en produire. Et quand je dis les gens, dans mon contexte, je parle vraiment des marques, parce que c'est ce que je produis actuellement. Je travaille entre autres sur des projets de balados de marque.

Mais surtout, d'une façon plus personnelle, je découvre deux balados que je trouve absolument fascinants : Distorsion et Ars Moriendi. Après ça, ma conjointe me fait découvrir Disparus, de Stéphane Berthomé. Là, le déclic se fait en moi : je veux faire du balado moi aussi. Je suis un maniaque de politique. Je me suis beaucoup impliqué en politique. J'ai été président régional pour un parti politique dominant dans ma région. J'ai fait plusieurs campagnes, autant au fédéral qu'au provincial, et des courses à la chefferie.

Je me suis fait un bon réseau à travers tout ça, des amis qui se réunissaient autour de notre amour de la politique, mais aussi des communications. Je faisais de la stratégie pour des gens politiques, et j'avais aussi la chance de pouvoir donner des ateliers au sein du parti. On a combiné nos forces. Maintenant que je ne suis plus dans un contexte de politique active, avec mes amis et le réseau que je me suis fait dans ce contexte-là, on s'est créé un balado qu'on appelle Les Engagés publics.

Marco : Oui, Les Engagés publics. Tu l'as dit, c'est une gang de chums, une gang de connaissances qui ont décidé de lancer ça. Ça amène son lot de défis. Moi, j'ai besoin d'arrimer ça avec un invité quand j'en ai un. Mais à part ça, si je décide d'enregistrer douze épisodes en bobettes en fin de semaine, je peux très bien le faire. Mais quand tu as plusieurs collaborateurs, plusieurs animateurs avec toi, en plus d'avoir des invités, ça demande une belle logistique.

Denis : Ça demande une bonne logistique. Ça demande aussi une capacité d'arrimage et de travail en équipe à distance. Parce qu'il faut savoir qu'aux Engagés publics, on est trois membres officiels, mais on a aussi beaucoup d'intervenants qui sont venus se greffer à la famille. Il y en a à Québec, à Sherbrooke, à Montréal pour l'instant. Il y a deux formats dans Les Engagés publics. Il y a le format que je m'amuse à appeler le 110 % de la politique : on est en gang et on commente l'actualité de la semaine.

Et on a aussi un format où on reçoit en entrevue un politicien bien en vue, un député, un ministre, à différents niveaux. On a des gens partout sur le territoire et on s'intéresse beaucoup à la politique nationale. Ça nous demande des outils. Localement, on a dû s'équiper de consoles, d'interfaces audio qui nous permettent de gérer nos différents signaux. Et à distance, on travaille avec un outil qui s'appelle Trycast, T-R-Y-C-A-S-T, pour ceux qui cherchent. Je n'ai aucune part là-dedans, je ne suis pas en train de faire du démarchage. C'est un outil qui nous permet de tout mettre en commun et d'avoir un enregistrement synchronisé.

L'histoire des Engagés publics, c'est quasiment l'histoire des problèmes techniques. Mais il y a certains épisodes où ça a bien été, et je mettrais les gens au défi de détecter qu'on n'est pas ensemble. On dirait vraiment qu'on est ensemble.

Marco : Concrètement, quand tu veux réaliser un épisode des Engagés publics, comment ça se passe, du début jusqu'à la fin? Parce qu'il faut que tu coordonnes quatre personnes plus un invité. J'ai écouté des épisodes où je sais que tu étais physiquement avec l'invité.

Denis : Comme je te disais, il y a différents formats. Pour le format entrevue, on essaie d'être ensemble. L'entrevue qu'on a faite, entre autres, avec le ministre Éric Caire : je suis avec le ministre Caire dans son bureau, sur la colline parlementaire à Québec. Mon collègue François Larouche, coanimateur, qui mène l'entrevue, est à Montréal, dans un local à sa job. J'installe mon ordinateur, j'ouvre le lien Trycast, j'installe mon micro devant monsieur Caire, je lui mets mes gros Beats mauves sur les oreilles, et il se retrouve dans cette bulle-là, directement avec François, qui mène l'entrevue.

Sinon, pour le format 110 %, chaque semaine, on se fait un fichier partagé sur Google Drive, où on prépare tous les sujets dont on veut discuter pendant l'émission. Pour chacun des grands thèmes prévus, on a des cases réservées. Chacun a le devoir de venir se préparer. C'est vraiment ça, le secret, je pense : la préparation.

Marco : Pour que ça n'ait pas l'air d'un 110 % qui vire un peu n'importe quoi.

Denis : Cacophonique. D'ailleurs, on s'est donné une règle pour ça aux Engagés publics, parce que ce sont des sujets parfois très prenants. On parle de nos convictions, on parle de politique. Ça peut être polarisé. On ne veut pas tomber dans ce piège-là. On est principalement tous des souverainistes, mais il y a quand même un libéral qui se joint à nous, et une libérale qui s'en vient bientôt collaborer avec nous. On fait des entrevues avec toutes les allégeances politiques. Elles sont les bienvenues et respectées. On est respectueux, et c'est une clé de notre succès.

On s'est donné comme règle de faire une seule ronde de relance dans un débat. Si, par exemple, j'amène un point, tu amènes ton contrepoint, je réponds un peu, et après ça, on passe à un autre sujet. Justement pour ne pas créer de cacophonie, pour qu'à un moment donné, les gens ne cherchent pas à avoir raison plutôt qu'à faire un bon show. L'autre chose : dans notre document Google Drive, on voit en points de forme ce que l'autre veut dire. Ça permet à l'animateur de faire ses relances et de gérer le show d'une façon tout à fait naturelle, mais qui a quand même une structure. Donc jamais scripté, toujours préparé.

Marco : Je comprends. Ce qui me fascine dans votre format, c'est que vous n'êtes pas, et là je vais nommer des noms, des Mario Dumont, des Jean Charest. Vous n'êtes pas des personnalités publiques et politiques, peu importe l'allégeance. Mario Dumont va cogner à la porte de n'importe quel personnage politique, il va obtenir une entrevue, c'est sûr. C'est peut-être ma perception bien personnelle du gars qui est outsider, mais ça me semble être un défi assez monumental d'aller chercher des invités de marque alors que vous n'avez pas nécessairement un nom établi dans ce milieu-là.

Denis : Effectivement. Je te dirais qu'il y a trois facteurs de succès qui font qu'on réussit à avoir des invités de renom à notre micro, malgré qu'on n'avait pas une grande notoriété personnelle. Le premier, c'est notre réseau de contacts personnels. Comme je te racontais dans mon introduction, ça fait des années que j'œuvre en politique. Ça fait des années que François œuvre en politique. Louis-Philippe aussi. On a eu la chance de se monter un réseau, qui fait qu'on sait à quelle porte cogner quand on a des besoins.

Deuxièmement, on a toujours pris soin de nos réseaux. On n'a jamais agi de façon à se fermer des portes à cause de la polarisation politique. On a toujours été respectueux du travail en politique. On connaît la réalité de ce travail, et pour les auditeurs qui ne le savent pas, il y a un respect entre les gens qui ont travaillé en politique, toutes allégeances confondues. C'est ce qui fait qu'on est capable de regarder en pleine face un libéral, un caquiste, peu importe...

Marco : Et de reconnaître le travail que ces gens-là font.

Denis : On reconnaît le travail, on sait c'est quoi. Il y a un respect. L'autre chose, c'est qu'on a quand même quelques entrevues derrière la cravate. On a démontré qu'on n'est pas là pour faire mal paraître la personne. On a fait nos preuves. Ils connaissent notre attitude, notre position. Ce que j'explique toujours quand j'approche quelqu'un, c'est la mission des Engagés publics. Là où on se démarque, c'est qu'on est là pour démystifier et valoriser l'implication en politique, l'engagement. On a une cause qui intéresse les gens qu'on approche. Ils savent qu'ils ne viennent pas au micro parce qu'on veut faire du clic.

On a des petits twists des fois, on va jouer un peu sur le titre de l'épisode pour faire un peu clickbait, pour intriguer les gens. Mais jamais on n'essaie de coincer quelqu'un pour le faire mal paraître et se servir ensuite de l'extrait pour dire : « Venez écouter ça, il a vraiment l'air fou. » On ne fait pas ça. C'est toujours dans le respect. On offre un endroit, un moment où le politicien peut s'expliquer et parler de lui d'une façon qu'il n'a pas la chance d'utiliser ailleurs, sur un volet plus personnel.

Le troisième facteur, c'est l'attrait du média tout court. Il ne faut pas se le cacher : les politiciens sont des créatures qui cherchent l'attention. Il y a un micro, il y a un auditoire associé à ça. Ça les intéresse. Et si c'est combiné avec les conditions que je viens de nommer, pourquoi pas?

Marco : C'est une game d'attention, la politique.

Denis : Ils en ont besoin. On a de quoi leur offrir. Dans la vie, c'est win-win. Tu me donnes de ta notoriété, de ton attention potentielle : qu'est-ce que tu as à m'offrir en échange? Moi, j'ai à t'offrir une possibilité d'exposer tes idées en profondeur à un auditoire. Et parfois même, dans un calcul stratégique, un auditoire qui n'a peut-être pas la chance de t'entendre souvent. Un libéral ou un caquiste a tout intérêt à venir s'adresser au micro des Engagés publics, où on a une dominance d'auditeurs un peu plus souverainistes. Pourquoi ne pas venir t'adresser à eux?

Marco : Est-ce que ces gens-là te demandent à l'occasion de censurer certaines parties de l'entrevue?

Denis : C'est jamais arrivé. Très sincèrement, jamais.

Marco : J'imagine que vous avez réfléchi à ça avant de vous lancer.

Denis : Oui. Il y a toujours une discussion avant de commencer l'entrevue où j'explique à mon invité qu'il n'est jamais arrivé que j'aie eu à faire une coupure, un montage. Une fois, je pense, c'était un problème technique, il y a eu un peu de montage. Mais la plupart du temps, ce sont des one take. De la musique au début, de la musique à la fin, et on met ça en ligne. Des fois, on garde des petits bloopers après la musique pour faire rire le monde, mais jamais de montage. Par contre, chaque fois, on prévient l'invité que s'il y avait un élément sensible, qui mettait en jeu sa sécurité, la sécurité publique ou sa vie privée, on serait quand même ouverts à couper. Je n'ai jamais eu à le faire. Mais dans le respect de nos valeurs, oui, je serais prêt à faire du montage.

Marco : OK. Qui écoute Les Engagés publics?

Denis : Ça, c'est intéressant, et ça a été une de mes grosses découvertes. Une belle surprise. Beaucoup de politiciens, du personnel de cabinet, des jeunes étudiants en politique, des journalistes, et sinon des maniaques, des geeks de politique, parce qu'on leur présente la politique sous un autre angle. C'est un élément complémentaire pour eux. Et évidemment, de par nos contacts, nos sujets et notre angle éditorial, des souverainistes. Mais avant toute chose, c'est beaucoup des politiciens.

Une fois, je me promenais sur la Grande Allée, proche de l'Assemblée nationale, et un politicien traverse la rue et me dit : « Hey, Denis, Les Engagés publics! » Il vient me serrer la main, il se présente. C'est un député qui vient te voir. C'est étonnant. Ça fait toujours un petit velours. J'étais content : « Wow, on est écoutés. » L'autre belle surprise, c'est quand on a été approchés par des firmes de relations publiques. Ils se disaient : « Eux autres, ils ont l'oreille des politiciens, du personnel politique, des journalistes. Ils ont l'oreille d'influenceurs. On aimerait pouvoir travailler avec eux. »

Marco : Est-ce que c'est ce type d'audience-là que vous attendiez au départ?

Denis : On l'a tellement commencé d'une façon organique, par plaisir. Ça va faire proche de 20 mois qu'on fait du balado d'une façon steady, qu'on est vraiment constants.

Marco : 91 épisodes, d'après ce que j'ai vu.

Denis : C'est ça. Et 91 épisodes plus nos épisodes spéciaux, dont je ne t'ai pas parlé : on a fait des documentaires pendant des congrès. Si vous allez découvrir Les Engagés publics, je vous invite à les identifier et à les écouter. Ça a été des documents exceptionnels. J'ai même la prétention de dire que ce sont des petites pièces qui relatent des moments d'histoire. Sans parler de l'entrevue que j'ai faite avec Carole Lebel, qui parle de l'attentat au Métropolis. Mais je suis en train de perdre ta question avec mes digressions.

Marco : Je te demandais si c'était ce à quoi tu t'attendais au départ.

Denis : Non. On le faisait vraiment par plaisir. On a toujours eu une pensée structurée, un plan, parce qu'on est pratiquement tous des professionnels de la communication, par déformation. Mais on le faisait vraiment par désir d'apprendre, d'expérimenter le balado. Quand j'ai commencé, c'était ce que je recherchais. J'ai eu la piqûre en écoutant les balados des autres. Je me suis dit : « Wow! Quel médium puissant, quel médium intéressant. Un médium qui nous donne de la proximité, un médium où on prend le temps. Je veux faire ça. »

Ma gang des Engagés publics est arrivée avec ça. J'avais déjà commencé un projet de mon côté, un projet familial où je racontais l'histoire des femmes dans ma famille, que j'ai encore dans les cartons. Mais j'ai sauté sur l'occasion pour Les Engagés publics. Et depuis ce temps-là, c'est cette histoire d'amour-là dont je te parle aujourd'hui.

Marco : Et 91 épisodes plus tard, avez-vous commencé à mesurer l'ampleur des résultats que vous pourriez obtenir avec un podcast comme ça?

Denis : On l'a mesuré un peu avec ce que je te racontais tantôt, les belles surprises, comme la firme de relations publiques. Mais les bénéfices qu'on vit surtout à travers tout ça ne sont pas axés sur la performance des audiences. C'est beaucoup plus ce que ça nous a amené en apprentissages personnels, professionnels et techniques. C'est beaucoup plus là que je suis allé chercher des bénéfices dont j'ai envie de témoigner aujourd'hui.

Maintenant, est-ce que Les Engagés publics pourrait prendre une ampleur plus importante, comme d'autres podcasts qui sont sortis de l'ombre? Tant mieux si c'est le cas, éventuellement. On n'a pas de plan relié à ça. Cela dit, on n'est pas fous : l'oreille est ouverte pour des propositions. Mais les bénéfices, actuellement, sont principalement pour chacun des individus qui créent le podcast.

Marco : Donc il n'y a pas nécessairement de plan. Vous y allez au fur et à mesure, vous roulez avec les coups, autrement dit.

Denis : Il y a ça. C'est un balado qui a quand même actuellement des commandites. On est commandités par Démocratique, qu'on remercie. Démocratique, c'est un logiciel qui permet de faire du suivi, du pointage électoral, pour être élu. Et François a commencé les premiers tests pour qu'on commence à streamer, à avoir la vidéo en parallèle. Mon ami Benjamin Tremblay, de Sept jours sur Terre, m'en a parlé il y a quelques mois. Il m'a dit : « Écoutez, les gars, vous faites vraiment du bon contenu. Si vous y associiez la vidéo, ça vous donnerait probablement un gros bump. Vous auriez un saut dans vos audiences. »

De toute façon, ça nous intéresse. J'ai aussi mon ami Jeff Bérard, du Space Trash Show, que tu devrais recevoir aussi d'ailleurs, qui est très calé en streaming. Il est en train d'apprendre ça à vitesse grand V, et il est très bon. Il me disait la même chose : « La vidéo fait vraiment une différence. » Alors on se lance. Si tu veux savoir c'est quoi nos projets : on va commencer à streamer bientôt. On serait rendus là.

Marco : Pour les gens qui vivent au Québec, ça peut être intéressant d'aller découvrir les politiciens que vous recevez, et aussi les enjeux, parce que vous discutez de plein d'enjeux. Mais pour les gens qui sont en Europe, c'est intéressant aussi de savoir comment ça se passe au Québec. On se pose la question, nous autres, à l'inverse, de comment ça se passe de l'autre côté de l'Atlantique. C'est une belle façon de découvrir tout ça.

Denis : Dans un contexte de monarchie parlementaire, vous allez faire tout un saut, nos amis européens. Vous allez voir comment ça fonctionne au Québec, dans ce type de démocratie-là. La seule fois qu'on a parlé de politique européenne aux Engagés publics, je pense, c'était lors de la démission de Nicolas Hulot. Ça avait donné lieu à un échange très senti, dont je garde un bon souvenir. Ça a donné un bon épisode.

Marco : Tu m'enverras le lien et je le mettrai dans les notes d'épisode, comme ça les gens n'auront pas à le chercher. Pour les gens qui sont en Europe, vous pourrez aller écouter ça.

Denis : Parfait, je vais t'envoyer ça. Et sur notre Facebook, on avait extrait un passage où je parle de Nicolas Hulot.

Marco : Excellent. Denis, merci beaucoup. Ça a été super apprécié. C'est la première fois que je reçois quelqu'un qui fait un podcast politique. Je reçois souvent des entrepreneurs, des gens de l'humour, mais politique, c'était la première fois. Je trouve ça intéressant parce qu'il y a des enjeux là-dedans qu'on ne voit pas nécessairement dans d'autres podcasts. Je trouve ça vraiment le fun.

Denis : Je te remercie beaucoup pour l'invitation.

Marco : À quel endroit on te trouve, Denis?

Denis : Les Engagés publics, on a quand même un bon référencement. Engagés avec un S, publics avec un S. On est sur SoundCloud, Spotify, Google Podcasts, Apple Podcasts. On a aussi un site web, encore une fois avec un S à engagés et à publics, point com. Sinon, on est sur Instagram, sur Facebook. On a un écosystème qui tourne autour de notre balado.

Marco : Excellent. Longue vie aux Engagés publics. On se reparle bientôt. Merci Denis.

Denis : Merci beaucoup.

Marco : Ciao. Un gros merci à Denis Martel pour cette super belle entrevue. Comme d'habitude, je vais mettre dans les notes d'épisode tous les liens dont on a parlé, parce qu'on a parlé de plusieurs trucs. Si ça t'intéresse d'aller jeter un coup d'œil sur Les Engagés publics, sur Denis Martel lui-même et sur les différents épisodes ou ressources qu'il a mentionnés, tu trouveras tout ça dans les notes d'épisode.

La semaine prochaine, on y va avec un épisode surprise. On est rendus à l'épisode 92, on approche lentement, mais sûrement de l'épisode 100. Je suis convaincu que vous allez apprécier le sujet qu'on va traiter, mais je ne vous en dis pas plus, je vous garde la surprise. On se reparle la semaine prochaine, et d'ici là, ose porter ton message aux oreilles de tous et commence à changer le monde, un auditeur à la fois. Ciao tout le monde, on se reparle lundi prochain.

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Marco Bernard - L'Académie du Podcast - Rond

À propos de l'Animateur

Marco Bernard

Marco Bernard anime L'Académie du Podcast et podcaste depuis 2014 (1 200+ épisodes au compteur).

Auteur du livre "Ton Podcast Ta Voix Influente", il a lancé l'ADP en 2018 et depuis, il a accompagné plus de 3 000 coachs, consultants et experts à utiliser le podcasting comme levier de croissance.

Sa philosophie : "Animer un podcast, c'est vendre. Et vendre, c'est servir."

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